Traité pratique de photographie au charbon

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par D.v. Monckhoven, 1876

Text of Traité pratique de photographie au charbon

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  • TRAIT PRATIQUE

    DE

    PHOTOGRAPHIE AU CHARBON.

  • DROITS DE TRADUCTION RSERVS.

    Gand, imp. C. Annoot-Braeckman.

  • TRAIT PRATIQUE DE

    PHOTOGRAPHIE AU CHARBON PAR

    D. v .. Monckhoven.

    PARIS GEORGES MASSON , LIBRAIRE-DITEUR

    Place de l'Ecole de Mdt>cine

    1876

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  • AVANT-PROPOS.

    J'tais encore bien jeune, et lve de rhtorique. C'tait en f8a2. Un daguerrotypeur de ma ville natale, que j'allais voir souvent (car dj cette poque l'invention de Daguerre me sduisait et m'attirait invinciblement), me dit avec conviction : Voyez-vous, Monsieur Monckhoven, jamais la photographie sur papier ne rivalisera avec le daguerrotype. Elle est terne, sans mo-del, sans finesse et si difficile qu'elle n'est pas pratique. On parle beaucoup maintenant d'un procd nouveau qu'un Anglais vient d'inventer : le procd au collodion, mais pour le pratiquer il faut du coton poudre, de l'ether et d'autres produits dangereux que jamais personne n'osera employer, tandis que rien n'est simple comme l'iode et le mercure !

    Je n'oublierai jamais ces paroles-l. Eh bien! Ce dagucrrotypeur et les photographes d'aujourd'hui

    se ressemblent beaucoup. On fait voir des preuves au charbon superbes, on prouve que

    la mthode est bien autrement- simple et sre que le papier albu-min, que les images sont inaltrables, que le public dlaisse la photographie parce qu'il sait qu'il paie une fleur belle, mais ph-mre! ... Que rpondent Messieurs les photographes'

    Oui, le procd au charbon a de l'avenir, nous n'en doutons pas. Mais voyez : voici un clich et en voil les preuves sur albumine. Voici les mmes positives sur charbon, Les premires sont vigou-

  • -6-reuses, les dernires sont plates et ternes. Nou& ne pouvons pas livrer de telles preuves notre clientle, qui les refuserait 1

    A cela, il y a une rponse facile. Autrefois, alors que le papier albumin n'tait pas connu, les

    clichs s'imprimaient sur papier sal. Il fallait des clichs extrme-ment forts pour en obtenir des preuves bien modeles. Le papier albumin est arriv, et les mmes clichs durs ne livrent plus, avec ce nouvel lment, que des preuves heurtes abominables.

    Lrntement, le praticien a compris qu'il devait diminuer l'inten-sit de son clicM. De l les clichs lgers de notre temps.

    Mais le charbon ne donne, avec ces clichs lgers, que des preuves ternes. Il suffit de les faire un peu plus forts et les preu-ves deviennent belles. En somme, le papier au charbon fournit des noirs et ~es blancs absolus : donc la gamme du clich doit se trou-ver, mais cette gamme est autre que pour le papier albumin.

    Que le photographe qui commence le procd au charbon se pntre donc bien de ce prcepte, que nous imprimons en gros caractres :

    Le procd au charbon exige des clichs plus forts que le papier albumin, et alors les preuves deviennent en tous points vigoureuses et belles comme celles du papier albumin.

    On se plaint que le procd au charbon donne moins de finesse que les sels d'argent. Cela est en partie vrai. Mais ce fait n'est nul-lement inhrent au procd lui-mme. Il tient, en grande partie, la fabrication du papier mixtionn. En effet, pour rendre les op-rations plus ou moins faciles, le fabricant emploie une mixtion trs-paisse en glatine et contenant relativement peu tle matires colorantes. Alors l'image ne se forme pas tout--fait la surface du papier, elle se disperse dans l'paisseur de la couche.

    Il y a videmment moyen de faire des papiers mixtionns minces en glatine et riches en matires colorantes. Dj mme nous en

  • -7-faisons de cette nature. Les manipulations sont bien plus dlicates, soit, mais la finesse est tout--fait irrprochable. Laissons le procd au charbon se rpandre, les conditions du succs entreront dans la pratique, et les papiers minces, donnant une grande finesse, pour-ront tre substitus aux papiers actuels.

    On trouve l'emploi du photomtre ennuyeux, sujet des variations permanentes. Cela est encore vrai. En principe, tous les photomtres sont bons, mais point en pratique, et le dfaut provient surtout du papier sensible dont on se sert dans tous ces pho-tomtres, papier dont la teinte varie suivant le degr de l'humidit atmosphrique et la date plus ou moins ancienne de sa prparation. Mais, depuis un an, peu-prs, nous nous servons d'un papier nou-veau et qui est absolument invariable. Nous le mettons ds maintenant dans le commerce : nous avons la conviction qu'on ne trouvera plus l'emploi du photomtre irrgulier et incommode.

    On reproche encore au procd au charbon de ne pas fournir des blancs purs, exempts de grains de couleur. C'est l un reproche immrit. On doit toujours se souvenir que la couche de glatine qui forme l'image colle, et par consquent, retient sa sur-face toutes les impurets mcaniques contenues dans les eaux dans lesquelles ces preuves se font. Les grains noirs prennent naissance dans le bain de dveloppement; dans le bain d'alun galement, s'il est fait avec des eaux de puits contenant du car-bonate de chaux. Ce sel produit un prcipit avec l'alun qui s'at-tache aux preuves.

    Il en est de mme pour les eaux de lavage. Mais avec des soins et de la propret, cet accident est rare . . on fait valoir contre le procd au charbon la difficult de

    scher rapidement le papier mixtionn : cela est, en effet, assez difficile. Mais nous venons de trouver que le papier au charbon suspendu prs du plafond sche trois fois plus vite que s'il est sus-pendu hauteur d'homme. Ce fait s'explique lorsqu'on sait que

  • -8-l'air, dans une chambre, est bien plus satur d'humidit la partie infrieure que dans la partie suprieure.

    Si, de plus, on choisit une place trs-are, prsentant des cou-rants d'air, on arrive scher vite le papier, condition indispen-sable de succs.

    Disons ici que la russite du procd au charbon est toute entire une affaire de temprature. S'il fait humide, on a des insuccs! S'il fait trs-chaud, nouveaux insuccs! S'il gle, encore des insuccs!

    Cela est certain. Mais le collodion a eu une histoire bien plus compliqu~e, et il a t adopt. On le connat aujourd'hui, et l'on connatra le charbon!

    Le tout c'est d'viter le froid, le chaud et l'humidit. Une maison chauffe garantit du froid. Des places orientes vers le nord, dont le soleil est exclu par des stores extrieurs aux fentres garantit du chaud. L'arage et le chauffage simultans corrigent les effets de l'humidit. Un atelier bien tenu ralise ces conditions. Tous les inconvnients ou difficults peuvent donc tre vites.

    Et puis, au fur et mesure que le procd se rpandra, non-seu-lement on le connatra mieux, mais chacun apportera le perfec-tionner sn exprience et ses observations. Il sera bientt simplifi.

    Nous-mmes, nous avons dj trouv plusieurs perfectionnements dans sa pratique : combien d'autres viendront aprs nous!

    Gand, le f mai 1876.

    D. D. v. MONCKHOVEN,

  • PREMIRE PARTIE.

    GNRALITS.

    CHAPITRE 1.

    Historique.

    Ce petit volume, ayant un but essentiellement pratique, ne doit point contenir un historique complet du procd au charbon : Cet historique, d'ailleurs, a t publi antrieurement par nous(l),

    C'est Poitevin(2) queTon doit le procd dit au cha1bon ou aux poudres indlbiles. Cet inventeur recouvre une feuille de papier d'une couche de glatine mlange d'une petite quantit de bichromate de potasse et d'une poudre colorante. Il soumet cette feuille la lumire derrire un clich ngatif, jusqu' ce qu'il en juge l'action suffisante, et plonge alors le papier dans de l'eau tide qui dissout et enlve la glatine et la matire

    (f) HiBtorique du procd au charbon, in-8, chez H. Carette, 31, rue d'Enghien1 Paris. (2) Brevets de fSIS!i, aujourd'hui tombs dans le domaine publie.

  • -10-colorante partout o la lumire n'a pas agi. Il suffit de laver le papier supportant l'image dans l'eau froide pour la fixer.

    Pour obtenir de cette manire une bonne image, il faut que la proportion de la matire colorante la quantit de glatine soit trs-faible, car l'action de la lumire a lieu la surface mme de la couche. Aussi, les demi-teintes sont-elles frquemment enleves par l'eau chaude, et le procd Poitevin n'a-t il jamais pu servir qu' la reproduction de dessins au trait, pour lesquels l'obtention des demi-teintes n'est pas ncessaire.

    Pour bien faire comprendre le procd au charbon, il nous faut expliquer ici ce qui se passe dans l'action de la lumire sur le bichromate de potasse et la glatine. Une feuille de papier, immerge dans une solution de bichromate de potasse et sche

    . dans l'obscurit par suspension, est d'une couleur jaune qui passe au jaune verdtre sous l'influence de la lumire. La matire organique du papier (ou plutt l'encollage) rduit le bichromate l'tat d'un sel de sesquioxyde de chrome qui tend la glatine insoluble, et celle-ci enferme la matire colorante dans une espce de filet.

    La lumire agit donc sur une couche de glatine bichromate en insolubilisant la glatine. Si une matire colorante, telle que le noir de fume (en poudre impalpable) est mlange intimement avec la glatine bichromate, elle est retenue par la glatine inso-lubilise et constitue l'image.

    L'inaltrabilit de cette image dpend donc uniquement de la matirr colorante employe. Aussi faut-il faire usage de noir de fume, ou mieux, d'encre de Chine dont on corrige un peu le ton par l'addition d'oxides mtalliques rouges et pourprrs.

    Nous avons dit plus haut. que l'obtention des demi-teintes par le procd de Poitevin est difficile, sinon impossible, parce que l'ac-tion de la lumire a lieu la surface de la couche. Ceci est, en effet, trs-facile comprendre si l'on examine avec